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  • « L’homme précaire - lecture sexoanalytique de la masculinité »
  • Paru dans la revue Sexualités humaines
  • livraison n°31 (oct-nov-déc 2016)
  • Pages 58 à 79

Supervisions

On peut même parler de 'superaudition' ou de 'retour d'aparté'... il s'agit en définitive de prendre soin des soignants.

En solo ou en équipe.

Supervisions individuelles ou d'équipes actives en santé mentale, addictions, planning familial, éducation

« Se faire aider ou superviser
Lorsque vous parvenez à reconnaître que vous êtes mal, que vous ne dormez plus, que vous êtes angoissé ou déprimé, consultez un collègue compétent et demandez lui de l’aide, sans fausse honte. C'est indispensable. Ne restez pas isolé, ne vous enfermez pas dans votre fierté, dans votre secret médical ou dans votre absence, cherchez des lieux de paroles. L'idéal, c'est un conjoint bienveillant et attentif avec qui partager sa journée, mutuellement, en s'expliquant les moments difficiles. Ça fait du bien. Mails il ou elle n’est pas un déversoir et il arrive qu’il ou elle soit une partie du problème ou qu’il ou elle se lasse de ne recevoir que des lamentations en partage. Ceux qui n’ont pas d’ami ni personne à qui parler régulièrement, doivent s’offrir un lieu de paroles régulier, une supervision, un groupe Balint ou tout autre groupe d'échange avec des collègues, pour y évoquer leurs problèmes, les patients difficiles, les diagnostics manqués et y écouter ce qu'en pense un collègue, ce qu’il aurait fait à votre place. Cela fait tellement de bien. On y découvre qu'on n'est pas tout seul, que les collègues rencontrent les mêmes difficultés et que de les partager soulage. On se sent solidaires, on peut s'épauler, s’adresser les patients avec lesquels on est en panne. D'en parler, déjà, cela aide considérablement.

Il ne faut pas hésiter une seconde à consulter à son tour, à se glisser dans la peau du patient, à éprouver ce mélange d’attente d’une cure magique et de terreur d’être renvoyé au néant, à réaliser cette angoisse et la déposer sur quelqu'un d'autre à qui on suppose un savoir qui nous éclaire sur nos impasses, sur nos épreuves, sur nos difficultés, sur les nœuds qu'on n'arrive pas à dépasser. C'est extrêmement éclairant.

Souvent, en pratique, vous constaterez qu’après avoir parlé en supervision d’un patient difficile, qu’à son retour à votre cabinet tout se passe comme s'il avait entendu ce qui c'était dit, dans une sorte de passage d'inconscient à inconscient ou communication non verbale. Le patient revient et quelque chose s'est détendu, inexplicablement. Cet effet surprenant est probablement attribuable au fait que le médecin lui-même s'est apaisé, s'est déchargé de son angoisse, n'est plus enfermé dans son burn out, n'est plus bloqué par sa peur de l'impuissance, accepte ses limites et comprend mieux en quoi il peut être un vecteur de changement sans être tout puissant. Ces changements, le patient peut les ressentir plus ou moins confusément. Ce n’est donc pas une prouesse parapsychologique qui passerait à travers les murs, mais l’effet d’un autre accueil qu’il perçoit à la façon de lui ouvrir la porte du cabinet et celle de votre entendement. Cela a des conséquences thérapeutiques favorables, le plus souvent. Et cela contribue puissamment à se dégager de l’étreinte du burn out. »

Extrait de l'Inentendu, pages 305-307